Le destin : Fils et petit-fils de Sénans* mon destin ne pouvait qu’être étroitement lié à ce bout de rocher, ce caillou sur lequel des générations d’hommes et de femmes ont résisté aux éléments, aux tempêtes et autres épidémies. Là où personne ne voulait aller, une poignée d’hommes a élu résidence sur ce bout de terre hostile et au fil du temps a réussi à force de courage et de persévérance à résister à l’appel du continent. Celui-là même qui se dresse face à Sein comme une mère nourricière et protectrice. Mais les Sénans n’en ont que faire, ils sont forts et fiers, solides comme le granit de l’île, immobiles face aux déferlantes.
Cette histoire vit en moi, depuis ma naissance et mes innombrables séjours j’ai appris qu’ici la vie est essentielle, qu’elle s’écoule entre la mer et ce bout de terre. Ici le temps est une chance qu’il faut saisir à chaque instant, il fait résonner en nous cette liberté de n’appartenir à personne, à rien. Le moment présent est une chance, il n’a pas de prix, il est simplement l’essence même de la vie.
L’île de Sein c’est chez moi, c’est ma vie, elle est ma raison d’être, ma mémoire, mon garde-fou et mon inspiration.
Tout est inspiration.
Le hasard : Le hasard d’une rencontre entre un crayon et le papier mène encore aujourd’hui mes réalisations. Depuis tout petit j’ai dessiné, tout et rien, mais chaque temps libre était sujet à un griffonnage, un croquis ou autre dessin. Puis très tôt, au collège, la rencontre avec mon professeur de dessin a été déterminante pour la suite, je lui en suis encore à ce jour reconnaissant. Il m’a transmis le goût de l’art, du dessin, de la peinture et de l’interprétation.
Les années passant et la vie faisant je me suis éloigné des feuilles et des toiles jusqu’au jour où, il y a quelques années, j’ai fait la rencontre au hasard d’une balade à Pont-Aven de deux artistes peintres qui allaient être prépondérants pour la suite de mes créations. Ils ont été les éléments déclencheurs. Des couleurs simples et tranchées, un dessin épuré et moderne. Il me restait à ressortir les crayons et trouver mon style sans tomber dans la copie. Les croquis et les dessins se sont enchaînés et les premières réalisations sont apparues.
Puis il y a eu la rencontre à l’île de Sein avec Marie-Louise, toujours le hasard. Elle tient un magasin de souvenirs et crée elle-même ses bijoux. De-ci de-là quelques toiles, je lui ai montré ce que je faisais et ça lui a plu. Depuis deux ans une partie de mes toiles est exposée chez elle, chez Mounn-Nina, le point de départ de mes créations en rapport avec l’île de Sein.
Voilà pourquoi je pense à ce jour que le destin et le hasard sont étroitement liés, la preuve, vous êtes en train de lire ces lignes en ce moment. Est-ce seulement le fruit d’un concours de circonstances ou bien un lien caché ou avéré avec l’île de Sein ?
Gilles Milliner
* Nom que l'on donne aux habitants de l'île de Sein.
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